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LIMOUSIN - Haute-Vienne
Témoignage de Bernard Beylier, son frère et son fils Cédric
Gaec Beylier : Bernard Beylier, 58 ans, son frère et son fils Cédric, 23 ans
à Saint-Yriex la Perche
150 vaches allaitantes de race Limousine (naisseur-engraisseur), 116 ha
Travaille avec la Sobac depuis 1996
“ Pas le droit de laisser un champ de ruines ”

« Aujourd'hui, nous avons une centaine d'hectares et mon fils vient de s'installer avec nous. La première fois que j'ai entendu parler de la Sobac, c'était dans un article sur « Entraid  », la revue des Cuma, qui retraçait l'histoire de l'entreprise.  J'ai découvert Marcel Mézy et c'est suite à cet article que j'ai passé un coup de fil. C'est le fils de Marcel Mézy, Christophe, qui est passé me voir. C'était en 1996. Il nous a expliqué le procédé et nous avons essayé sur deux-trois parcelles. On a isolé un lot de vaches  sur une parcelle où nous avions essayé Bactériosol®. Dans la foulée on s'est mis au Bactériolit® au niveau des fumiers. Nous fertilisons l'ensemble de l'exploitation avec nos fumiers traités.

J'ai toujours été proche de la nature et j'étais à la recherche d'une formule qui me plaise. Dans le passé, j'avais travaillé avec d'autres sociétés. Ce n'est pas que je n'étais pas content du produit mais je n'étais pas d'accord avec l'esprit qui habitait ces gens-là. A un moment donné, j'ai même pris peur avec eux tellement ils s'incrustaient. Quand je me suis retiré, ça a été douloureux mais je n'avais pas d'autres solution. C'était dans les années 89-90, je suis resté quatre ans avec eux. Après, il y a eu un trou et j'ai fait la démarche avec la Sobac.

Lors des premiers essais, j'ai tout de suite noté que les bêtes se comportaient mieux notamment au niveau des déjections. Le troupeau était dans un meilleur état sanitaire. On a toujours eu des fertilisations raisonnées. J'ai toujours employé des amendements. Aujourd'hui, c'est devenu la mode... La Sobac a vulgarisé l'amendement, ce qui n'était pas du tout le cas il y a trente ans. A l'époque, ce  n'était pas du tout conseillé par les Chambres d'agriculture.

Quand j'étais petit, mon père a utilisé pendant une douzaine d'années  la méthode d'agriculture biologique Lemaire-Boucher (cette méthode utilise le compostage rapide en tas, l'algue calcaire et les légumineuses en culture dérobée ou en assolement). Et moi, j'ai fait quatre ans d'école d'agriculture et en parallèle, dans les années 67-68, j'ai suivi les cours par correspondance d'une école d'agriculture biologique d'Angers. Ce n'était pas courant à l'époque et dans mon école, ils se rendaient bien compte que je n'avais pas la même vision des choses qu'eux.

Le fait de travailler nos fumiers existe depuis longtemps dans notre famille. Quand je me suis installé, j'ai gardé la base des amendements. Nous continuons à mettre un peu d'azote, uniquement sur céréales. Pour faire pousser de l'herbe et du maïs, il n'y a pas besoin d'azote.

Travailler avec la Sobac, c'est tout d'abord un état d'esprit. Le but aujourd'hui c'est de respecter l'environnement mais c'est aussi beaucoup plus que ça. Je considère que la terre ne nous appartient pas. Elle appartient à nos enfants et nous n'avons pas le droit de laisser un champ de ruines. En travaillant comme je le fais, je développe un capital fertilité au niveau des terres. C'est le premier but. On a l'espoir d'arriver à faire des choses. Ce n'est pas parce qu'on est dans cette démarche depuis quinze ans qu'on maîtrise tout définitivement. La recherche va encore beaucoup nous aider dans les années à venir ».


Le fils Cédric intervient : « Je me suis installé il y a un an et demi. Je suis entré dans le Gaec. C'est vrai qu'ici il y a une tradition, une pérennisation de l'exploitation qui est importante. La chose fondamentale, c'est l'autonomie et nous avons encore un gros travail à faire là-dessus. A l'école, j'ai appris l'agriculture traditionnelle, conventionnelle. Quand je me suis installé j'étais un peu sceptique. ça remettait en cause beaucoup de choses que j'avais apprises à l'école. Aujourd'hui je suis convaincu que nous allons dans le bon sens.

Le père : Je suis président de la Cuma. Tout le monde connaît mes idées et je crois qu'on se respecte mutuellement.  Je refuse de m'ingérer dans les affaires des autres, ce n'est pas mon rôle. On me pose des questions, j'y réponds. Je n'influence personne et à travers ça, je pense qu'un grand respect s'est installé. Les mentalités évoluent.

Nous sommes aujourd'hui une des exploitations les plus chargées du département et cela impose le respect. On arrive à être autonome au niveau du fourrage. ça parle tout seul.

La santé animale, c'est le domaine le plus ardu par rapport aux résultats escomptés, parce qu'on emploie encore des produits qui ne sont pas bons, on désherbe encore parce que c'est sûrement sécurisant quelque part, on a encore beaucoup de choses à changer au niveau de nos cultures. Si du terrain se libère, on mettra en place des méteils mais c'est vrai qu'actuellement au niveau rotations, on a un souci de foncier important.

Le fils : On regarde beaucoup plus notre terre. A l'école, on m'a appris que la terre était un support. On restait sur des notions très vagues.

Le père : Entre ce qu'étaient nos terres il y a trente ans et ce qu'elles sont maintenant, il n'y a pas photo. A une époque on labourait du tuf. Jusqu'en 1987-88, on ne pouvait pas faire pousser de blé. Aujourd'hui, on fait soixante quintaux à l'hectare, quand on voit comment maintenant la terre est facile à travailler... C'est tous les jours qu'on se rend compte des changements.

À un moment, les Chambres d'agriculture ont fait passer en bio les plus mauvais agriculteurs. Je ne sais pas s'ils le faisaient exprès. Quand on n'est pas bon en conventionnel, on ne peut pas être bon en bio. Et là, on a donné une mauvaise image.
Par contre, j'en ai connu d'autres qui étaient au top et ceux-là, personne n'en parlait.


Le fils : Au niveau des Chambres, quand ils peuvent nous dénigrer, ils le font.

Le père : Avec moi, ils se modèrent beaucoup plus.

Le fils : J'ai fait un intérim à la Chambre pour des dossiers PAC. On n'avait pas du tout le même point de vue.
Il faut être prêt à absorber les mesures qui vont être prises.  Et ça se prépare de longue haleine. Celui qui ne l'aura pas fait aura de gros problèmes. Et donc forcément sur cet aspect-là, nous sommes en avance. Le plus gros reproche qu'on nous fait c'est celui-là, c'est d'être en avance sur notre temps.

Celui qui aujourd'hui vient faire le métier d'agriculteur uniquement pour le profit, il est nettoyé avant même d'avoir commencé. Il faut avoir la passion, comprendre la nature.
Ce n'est pas un hasard si on retrouve beaucoup de gens passionnés de génétique qui sont dans cette démarche Sobac. Sur terre, je veux laisser une bonne impression. Nos générations maintenant, c'est : on prend et on jette. C'est dramatique ».


ÉLEVEURS BOVINS ALLAITANTS





“ Quand on voit comment maintenant la terre est facile à travailler... C'est tous les jours qu'on se rend compte des changements ”


“ Entre ce qu'étaient nos terres il y a trente ans et ce qu'elles sont maintenant, il n'y a pas photo ”