







Mickaël le dit avec un large sourire : être agriculteur, c'était un rêve de gosse. Lui et Loëtitia, sa femme, 35 ans tous les deux, vivent ce rêve avec pour idées maîtresses : se libérer le plus possible du poids des coopératives, gagner en autonomie et faire tout pour simplifier le travail. A deux sur 160 hectares, ils n'ont pas beaucoup le temps de se poser pour faire un premier bilan mais la finalité est limpide : « Ce qu'on veut aujourd'hui, c'est travailler pour nous ». Et la Sobac est largement partie prenante dans ce défi.
« C'est Mathias, le commercial de la Sobac qui m'a fait connaître le concept. Ce qui m'a plu et qui était écrit sur les sacs c'est « rentabilité et autonomie ». C'est le mot autonomie qui a fait tilt. J'en avais marre de ne pas travailler pour moi, de travailler pour la coopérative. Je ne voulais plus de ça et il y a longtemps que je cherchais une solution pour être plus autonome. J'avais essayé plusieurs choses mais je ne connaissais pas la Sobac avant que Mathias ne m'en parle. Je suis installé depuis 2004 et ma femme depuis 2006. Quand j'ai mis le procédé Sobac face à des concurrents que j'avais déjà testés, j'ai tout de suite vu que ça répondait. En 2004, on était allés voir des terres qui étaient hydromorphes. Quand on labourait, on était tranquille, il n'y avait pas une mouette derrière le tracteur. Aujourd'hui, on est presque gêné par les mouettes, ça salit le tracteur ! (rires). On voit bien que les terres revivent par rapport à ce qu'on avait. Avant, au labour, les terres étaient luisantes et il n'y avait rien, aucune vie. L'année dernière, on a eu un peu de sécheresse mais je ne la craignais pas du tout. Le maïs sortait bien, il ne souffrait pas. Cette année, je ne suis pas allé voir d'autres parcelles ailleurs mais le maïs a un pied énorme. C'est impressionnant.
Il y a trois ans que Mathias m'en a parlé et on a tout de suite fait un essai sur une cinquantaine d'hectares. En fait, on a commencé avec le Bactériolit® en ensemençant la fosse à lisier. On a fait 35 hectares avec du lisier ensemencé Bactériolit® et 15 hectares avec Bactériosol®. La première constatation, ça a été l'odeur du lisier. Je fais épandre le lisier par une entreprise et le gars n'en revenait pas de la disparition de l'odeur. Sur les prairies, on a remarqué tout de suite beaucoup plus de pieds. Ce n'est pas tape-à-l'œil. Ça fait quatre ans que je n'ai plus mis de phosphore et de potasse sur l'exploitation. J'ai arrêté l'engrais complet, une trentaine de tonnes.
Le travail est simplifié, les terres sont beaucoup plus faciles à préparer. On passe la herse une fois, là où avant, on la passait trois fois. Les premières années dans ces parcelles, les technico-commerciaux qui me vendaient le maïs me disaient : « Si tu ne mets pas de starter il n'y aura rien. » Je n'en ai jamais mis. Ils m'ont dit en gros que je ne serai plus là l'année prochaine et que je faisais une erreur. Maintenant, quand ils me parlent de starter ou de complet, je les coupe et je leur dis : non, je ne mets que Sobac. Aujourd'hui, ils sourient mais ils ne font plus de commentaires. Ils voient bien que ça prend dans le coin et surtout que ça marche.
Le déclic, ça a quand même été le prix des intrants. Avant, l'azote n'était pas cher. On balançait des semi-remorques d'azote sur nos terres sans trop réfléchir. Ça poussait, même si c'était plein d'eau et qu'au bout du compte c'était bien moyen. Ça remplissait le ventre des vaches, c'est tout. J'ai des parcelles qui sont complètement rasées. On a l'impression qu'il n'y a rien à manger et pourtant les vaches y sont bien. Alors que dans la parcelle à côté où il y a sept centimètres d'herbe, elles gueulent toute la journée. Ça veut dire que là où c'est travaillé avec le procédé Sobac, elles ont encore à manger et de la qualité en plus. Les vaches c'est comme les mouettes, elles vont là où c'est bon ! Il n'y a plus de refus. C'est propre.
Le problème que j'ai ici, c'est que je n'ai pas assez de surface pour faire pâturer correctement. Côté pratique, il n'y a que 10 hectares pour les 85 vaches et c'est pour ça qu'on fait du maïs. En plus, on est sur des terres vraiment séchantes et le pâturage est dur à gérer chez nous. Mais les voisins peuvent le dire: en maïs, qu'il fasse sec ou pas, nous avons de bons rendements.
J'ai envie de faire prendre un grand virage à l'exploitation et ralentir complètement le maïs. Aujourd'hui, le gars de la coop, quand il me vend un hectare de maïs, il sait que derrière, il va me vendre trois tonnes de soja. J'ai été le premier à faire du méteil dans le coin. Cette année, on a mis 60 ha de maïs. L'année prochaine, on en mettra 20 ha. Le reste sera en prairies dix plantes et en méteils. On entend sans arrêt les comptables dire: « Faut faire le quota, faut faire le quota ». Pour faire le quota, on fait du maïs, on met du correcteur, on achète du soja et au bout du compte on dit : je suis content j'ai fait mon quota. Mais combien j'ai dépensé derrière ? Peut-être qu'il vaut mieux ne pas faire tout à fait son quota et ne rien dépenser à côté. On en revient toujours à l'autonomie et à la marge. Ça fait deux ans que nous sommes à 100% Sobac et déjà sur le maïs, on a forcément gagné en marge. On a réappris à travailler. Avant, il ne me serait jamais venu à l'idée d'aller piocher au pied de mon maïs pour voir l'enracinement. C'est tout ça qu'on a réappris. On a quand même 160 hectares, 650 000 litres de lait de quota et nous ne sommes que deux sur la ferme, ma femme et moi.
En trois ans, j'ai déjà le sentiment de m'être réapproprié mon outil de travail. Aujourd'hui, les commerciaux qui passent, ne me disent pas : « Je vais te mettre ça,
ça et ça ». Ils marchent sur des œufs. Ils savent qu'ils ne pourront rien faire, qu'ils ne pourront pas me faire changer ma nouvelle façon de travailler. Si j'arrive vraiment à mettre en place ce que je veux, on va enfin travailler pour nous. On va faire trente hectares de méteil pour ensiler et 10 hectares en enrubannage. Je ne veux plus acheter !
La dernière « Portes Ouvertes » en Bretagne a été un nouveau déclic. J'ai bien fait de prendre sur mon temps pour aller voir ailleurs, ça m'a encore plus ouvert les yeux.
J'ai investi dans une mélangeuse dans cette optique d'autonomie également. Il faut qu'il y en ait qui ouvrent la porte pour donner envie aux autres de s'y engouffrer. J'arrive à le faire, pourquoi pas toi ? J'ai toujours été un peu pionnier dans le coin. Je me rappelle des premières années où j'ai fait du méteil. J'ai tout essayé, des sorghos et plein d'autres choses.
Il n'y a que cinq ans que nous sommes installés et nous sommes encore hyper chargés, nous n'avons pas le droit à l'erreur parce que le banquier va nous rappeler à l'ordre. J'ai fait un BEPA et un BTA mais je ne suis pas issu du milieu agricole. Agriculteur, c'était un rêve de gosse. Nous, nous n'avons pas le poids de la tradition familiale, nous n'avons pas de comptes à rendre et c'est peut-être pour ça que nous sommes plus ouverts sur l'extérieur.
Une fois le dernier désherbage sur maïs terminé, c'est bon, tu n'en parles plus. Le méteil c'est encore mieux, tu ne désherbes pas. Il faut faucher pour ramasser, ça fait une grosse journée de boulot. Dans la mélangeuse c'était de la mélasse, de la paille, du concentré, du maïs. Alors que si tu fais ensilage d'herbe et méteil tu vas avoir de grosses périodes de bourre, mais entre le semis et la récolte, ça va aller. C'est important aussi la simplification du travail. Ça va de pair avec l'autonomie. Si on se met à fond dans le méteil et les prairies dix plantes ce n'est pas par rapport à des mesures environnementales qui vont être prises. Ce qu'on veut aujourd'hui, c'est travailler pour nous ».