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POITOU-CHARENTES - Deux-Sèvres
Témoignage d'Antony Ecalle
Antony Ecalle
Le Breuil à Saint-Germier
En Gaec avec sa mère
Polyculture élevage
120 ha dont 90 en herbe, 15 ha de maïs ensilage, 10 ha de céréales, 5 à 7 ha de lupin
Installé depuis 2007
110 vaches de race Parthenaise
“ Un retour aux sources ”

« Nous avons commencé avec la Sobac en 2005/2006. C'est Louis-Marie Basin du Gaec de l'Espérance à La Peyratte près de Parthenay dans les Deux-Sèvres, qui m'en avait parlé. C'est le beau-père de ma sœur et c'est comme ça que j'ai connu ce procédé. Ils ont des vaches laitières et travaillent beaucoup en pâturages. Il a pris un après-midi pour me faire faire un tour de sa ferme à regarder les parcelles, les cultures. On a discuté méthodes de travail et ça m'avait bien plu.

« Dans la foulée, j'ai pris contact avec la Sobac. Quand mon père exploitait, on faisait ray-grass, trèfle, dactyle et on mettait de l'engrais tous les ans. On avait dans l'idée de supprimer l'azote et on l'a fait en 2004. Les résultats n'ont pas été très concluants. Les prairies ont eu des baisses de rendement et le mélange n'était pas forcément adapté pour supporter la baisse. C'est en voyant sur le terrain la tenue des prairies qu'on s'est lancé. Elles étaient plus denses et la couleur n'était pas la même. Dans les prairies dix plantes, l'herbe est verte, d'un beau vert et s'il y a suffisamment d'eau ça pousse bien avec le Bactériolit®. Au départ, on a fait six hectares avec un sorgho. La prairie a très bien repris derrière et après on a progressé dix hectares par dix hectares. Aujourd'hui, on a passé 80% de la surface en herbe. On complète quelquefois avec du Bactériosol® s'il y a un manque. En fumier, on en a à peine assez pour mettre sur les prairies. Cette année, j'ai complété en mettant du Bactériosol® sur les prairies qui n'avaient pas de fumier.

Avec Bactériolit®, le fumier se tasse assez vite et après il ne bouge plus. Quand on le reprend, il n'y a pas de dégagement d'ammoniac, juste une légère odeur mais qui n'est pas celle de l'ammoniac. Et quand on l'épand, il n'y a pas d'odeur. Quand j'ai des stagiaires, je le leur fais remarquer.

Cela fait deux ans que l'on retourne les prairies pour faire du triticale, et au niveau du labour, c'est vrai que ça se défait bien. L'an dernier, on a fait 70 quintaux en
triticale avec 70 unités d'azote. On a complètement arrêté l'engrais de fond sur les prairies, la chaux, et l'azote sauf sur le triticale.

Je n'ai pas encore assez de recul pour juger de la santé animale même s'il est évident que l'ambiance est meilleure dans les stabulations. C'est vrai que cette année on n'a pas eu de problèmes majeurs. Notre but c'est d'être autonomes, de produire la protéine, d'acheter le moins possible. Par le biais de l'enrubannage de prairies dix plantes, on produit déjà une partie de notre protéine.

Avant, on mettait 60 % d'aliments pour 40 % de céréales et maintenant avec l'enrubannage et le foin qu'on fait, c'est l'inverse. Bien sûr que c'est important de travailler propre.

Autour de moi, ça ne bouge pas beaucoup, tout le monde reste en traditionnel. J'ai un copain qui fait aussi des vaches, il est à fond sur le système ray-grass maïs. En fait moi, je ne regarde pas ce qui se fait à côté. J'ai une certaine idée de mon métier mais je n'essaie pas de me comparer à mon voisin.

Cette année j'ai quand même fait une constatation : on avait beaucoup de rumex dans les prairies. Jusqu'à maintenant, on désherbait mais derrière, on avait une baisse de rendement. J'avais deux parcelles qui en étaient vraiment garnies depuis quatre ans et cette année il n'y a quasiment plus rien du tout.

On va commencer le méteil cette année. On va essayer de ne pas tout miser sur les cultures de printemps. Le technicien de la coopérative a essayé de me dissuader de travailler comme je travaille. Ce sont eux qui me font mon plan de fumure et ce sont eux qui vendent l'engrais. Et donc logiquement, ils me disaient que mes terres allaient produire de moins en moins, qu'elles allaient être déficitaires en azote. J'ai fait un échange de parcelle avec mon beau-frère qui est céréalier. Lui, il mettait de la chaux tous les ans, il mettait de l'engrais complet pour faire des rendements en blé de 60 à 70 quintaux. Maintenant, dessus, je fais de bons rendements en herbe mais il dit que je dois bénéficier de ce qu'il a mis auparavant. Chacun voit midi à sa porte...

Au niveau financier, jusqu'à maintenant c'était tendu car il y a beaucoup d'investissements. Nous ne sommes pas dans une exploitation qui a atteint sa vitesse de croisière. Quand je me suis installé, on a monté quasiment tous les bâtiments. Malgré tout, quand aujourd'hui on constate que le poste « achat d'aliments » a diminué d'au moins 30% et que celui des engrais est quasi nul, on se dit qu'on est sur le bon chemin.

En fourrages, je suis encore un peu juste. J'ai fauché début avril pour essayer d'avoir un maximum d'herbe jeune et donc un maximum de matière azotée mais derrière ça a beaucoup séché. Même en période de sécheresse, on se tient pas mal. C'est toujours la compétition entre voisins à savoir qui aura trois ou quatre quintaux de plus à l'hectare. C'est toujours : « Quel rendement t'as fait ? », alors que la question devrait être : « Quelle marge t'as fait ? ». Ça, ce n'est pas encore rentré dans les têtes. J'ai moins de cheptel, plus de marge, ça me va.

Pour l'instant, je me sens un peu isolé et les voisins ne me posent pas de questions par rapport à ma façon de travailler. Pourtant, la différence entre mes parcelles et les leurs se voit. C'est une question de couleur, d'aspect global. On sent que chez moi, la plante se débrouille toute seule. Le jour où les gens prendront conscience qu'il faut faire quelque chose, nous, on aura déjà de l'avance. Car un procédé comme le procédé Sobac, il faut quand même trois ans pour bien le mettre en place. Ce n'est pas comme avec l'azote où on voit la différence tout de suite même si les conséquences ne sont pas les mêmes sur le moyen et long terme.

J'observe plus ma terre qu'avant, c'est vrai. J'essaie de comprendre. Quand sur une partie d'un champ, il y a telle ou telle plante qui n'est pas présente, je cherche à comprendre. Oui, c'est un peu un retour aux sources. J'ai eu la chance que mes parents me suivent tout de suite. Ils n'ont jamais essayé de tirer en arrière, même l'année où on a arrêté de mettre de l'azote. Je n'ai jamais eu le moindre reproche et c'est très important. Rien qu'en discutant en famille avec Louis-Marie Basin, en voyant ses résultats, on savait que ça marchait. Après, on ne savait pas ce que ça allait donner chez nous. Il a fallu qu'on adapte ça à notre spécificité.
Il n'y a pas un modèle unique ».

ÉLEVEURS BOVINS ALLAITANTS





“ On sent que chez moi, la plante se débrouille toute seule. Le jour où les gens prendront conscience qu'il faut faire quelque chose, nous, on aura déjà de l'avance. ”