







Joël Marboeuf : « Au départ, on a essayé le Bactériosol® sur une petite parcelle parce qu'on en avait marre d'entendre les gens nous traiter de pollueurs. Ce devait être en 98-99. C'était un procédé qui n'était pas à base d'engrais mais de produits naturels. On l'a connu par un voisin qui l'avait essayé un an avant et ça a beaucoup joué. Nous travaillons ensemble, nous ensilons ensemble, nous avons vu ses récoltes et nous nous sommes lancés.
Au niveau qualité de l'herbe, on peut aller voir les prairies : elles sont sèches comme un pendu et pourtant les bêtes sont en état. Je n'en reviens pas. Pas une qui est maigre. Ça vient forcément de la qualité du fourrage. Le gars de chez Néolait il me dit : « Je ne sais pas comment vous faites. Vous ne ramassez rien et vous avez toujours des bêtes grasses ».
Pour démarrer dans le procédé, j'ai pris une parcelle de céréales que j'ai divisée en deux : moitié Bactério, moitié conventionnel. Après, j'ai fait venir le technicien de la Sobac. Je lui ai dit qu'on allait traverser la parcelle et qu'il allait me dire où il y en avait eu ou pas. Il a tout de suite trouvé, même si moi, je ne voyais rien, car j'avais perdu l'habitude d'observer. En deux ans, on a passé toute l'exploitation dans le système Sobac. Avec dix ans de recul, nous sommes contents d'avoir changé. Nous ne mettons plus d'engrais, juste de l'azote. C'est un peu dans la tête mais on a du mal à s'en passer.
Aujourd'hui, je me dis que je ne suis plus en train de polluer et c'est important de produire comme ça. Pour moi, mais aussi pour le regard des autres. Le technicien qu'on voit le plus souvent, il appelle ça « la poudre de perlimpinpin ». Cette année, il est venu voir mes céréales. Il m'a dit : « Tu traites, tu ne traites pas ? ». Je lui ai répondu : « T'as qu'à regarder dans la parcelle, tu vas sûrement trouver de la maladie puisque tu vends du produit ». Notre vigne n'a pas plus de maladies que les autres. On traite moins et on est aussi bien que les autres.
On a fait le certiphyto dernièrement (1). Quand les spécialistes vous disent qu'il y a des molécules qui même avec des habits et des gants, vous passent à travers, ça fout la trouille. Quand on travaille différemment comme nous, c'est sûr que c'est rassurant. Surtout qu'on produit autant.
Il y a une évolution des mentalités. Dans les cours de ferme on ne désherbe plus comme on le faisait auparavant. Nous les premiers, avant on traitait dès qu'il y avait un brin d'herbe. C'est fini, je ne désherbe plus rien. C'est un signe que tout ça évolue. On désherbait la cour deux fois par an quand même...
C'est vrai qu'on regarde davantage nos sols, nos cultures. Les terres sont plus légères et ça modifie nos façons de travailler. Il n'y a plus ces grosses mottes qu'il y avait avant sur lesquelles il fallait passer, repasser. Il y a certainement plus de vers de terre puisqu'on a plus de taupes... Mais bon, c'est la preuve qu'en-dessous il y a de la vie. Il faut positiver. On a des parcelles qui ont très peu de terre, on est très vite sur le caillou. Les taupes sont même venues là. Ça veut dire qu'il y a quelque chose à manger. Il y a une vie microbienne qui a repris.
Les constatations les plus flagrantes, ça a été au niveau de la santé des animaux. Je suis sûr qu'aujourd'hui il y a la moitié du cheptel qu'on pourrait vendre pour la viande. Je vois que l'herbe qu'il consomme est de très bonne qualité. Les troupeaux autour de moi sont loin d'être dans cet état là.
C'est vrai qu'encore aujourd'hui, au printemps, on ne sait pas attendre. Dès qu'il fait beau, on voudrait que ça pousse vite. Ça commence à changer. On devient plus patient, on met moins d'azote, on est moins pressé. Au sortir de l'hiver, on a encore tendance à sortir le semoir un peu trop tôt. Même si on a diminué les doses. C'est rassurant de voir ces « portes ouvertes » de la Sobac qui attirent de plus en plus de monde. Ça nous conforte dans l'idée qu'on a pris le bon chemin ».
Bruno Malinge : « Avec Bactériosol® nous avons commencé dans les vignes en même temps que les cultures. Ça fait onze ans. Au départ, à l'œil nu, on ne voyait pas l'évolution. Il fallait que le technicien de la Sobac nous guide pour voir la texture des feuilles, les différences de couleur. On n'avait, par contre, pas de baisse de production, pas de baisse de qualité, au contraire.
C'est vrai qu'on a appris à observer, chose que nous n'avions jamais fait avant. Est-ce que je peux dire que le fumier a fait grand bien à la vigne ? Je pense que oui mais je n'en ai pas la preuve formelle. Sur le long terme, je sens que je suis sur le bon chemin. Je ne demande pas à ma vigne d'avoir un rendement phénoménal. Ce qu'on veut c'est un bon rendement sans avoir à pousser la vigne. Par contre, une chose est certaine, l'œnologue me dit que j'ai moins de soucis que beaucoup ».