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CENTRE - Indre
Témoignage de Philippe Quillon
Philippe Quillon GAEC de Sennevault à Ciron
310 hectares SAU dont 50 ha de céréales,
60 ha de maïs irrigué 180 limousines
“ Le foin sent le miel ”

Dans la famille Quillon, ils sont heureux d'avoir retrouvé les senteurs de leur enfance. Sur leur exploitation située dans le parc naturel de la Brenne, ils savent, en changeant leur façon de travailler leur terre, qu'ils ont pris une avance appréciable sur beaucoup d'agriculteurs. Avec 2 000 tonnes de fumiers traités au Bactériolit® chaque année, ce sont près de 50 tonnes d'engrais complets qu'ils ont supprimées. Mais ils préviennent : il faut être patient.

« C'est venu par relations. Mon père avait entendu parler de la Sobac par Christophe Maréchal, un autre éleveur du coin qui commençait juste. Il m'avait raconté ce qui se passait chez Baillon et chez Gautier, deux autres exploitants de la région. Je voyais que ça donnait des résultats. Il avait insisté sur le renouveau de la flore, le retour du trèfle, de la minette et aussi sur la diminution de la grande oseille. On a démarré sur trente hectares, un tiers de l'exploitation à l'époque. C'était en 2004.

Il faut être patient. Ça ne change pas comme ça sur un claquement de doigts. Il faut deux ans pour que la terre se remette en route. Nous avons commencé le Bactériolit® en même temps sur toutes les litières. Notre production de fumier annuelle est de 1 800 à 2 000 tonnes. Tout de suite l'effet a été flagrant au niveau de l'odeur et de la rapidité de décomposition. On a vite perçu une meilleure santé animale. Nous avons constaté beaucoup moins de problèmes pulmonaires, de bronchites grâce à une ambiance complètement transformée dans la stabulation. Plus d'émanations d'ammoniaque, plus cette sensation de fumier en surchauffe. Avant, quand on sortait le fumier sur la dalle, on sentait la chaleur au niveau des bottes, c'était incroyable. Ça a donc entraîné une diminution des frais vétérinaires. Nous avons très peu de diarrhées.

Nous ne sommes pas encore passés dans le procédé Sobac sur toute l'exploitation. Nous sommes à environ 75%. Le reste, ce sont des champs qui sont trop loin de l'exploitation. On épand essentiellement du Bactériolit® avec nos fumiers. Avec quatre, cinq ans de recul, on peut déjà tirer quelques observations : la décomposition du maïs n'est plus la même, ça c'est clair. On n'a jamais ressemé de légumineuses et on en a. Il y a même les rosés des prés qui sont revenus. Une parcelle, après dix ans de maïs, ça laisse des traces... Après cinq ans de Bactériolit®, on voit revenir les champignons. Ça veut dire que ça travaille dans le sous-sol ; les vers de terre, ils bossent.

Sur l'ensemble de l'exploitation, nous avons supprimé plus de cinquante tonnes d'engrais complets.

Si on travaille bien le fumier avec Bactériolit®, il n'y a plus d'odeur même quand on sort le fumier de la stabulation. Avant, il y en avait pour tout le monde. Pourquoi est-ce qu'on a mis aussi longtemps à changer de système ? Parce que l'agriculteur est pris dans un système, qu'il n'a pas le temps de s'arrêter pour mettre les choses à plat. Nous, nous étions déjà un peu dans l'esprit Sobac avant de les connaître, notamment dans l'approche qu'on avait de nos fumiers. Sauf qu'il n'y avait pas de Bactériolit® et que pour assurer le coup, on mettait un petit coup d'engrais complet et puis on bloquait tout au niveau du sol. Et encore, nous n'étions pas les plus extrêmes dans l'emploi du chimique.

Maintenant, nous ne faisons peut-être pas plus de foin, pas plus d'herbe, mais nous savons que nous présentons à nos bêtes un fourrage de qualité nettement supérieure.

Quand nous avons commencé à travailler avec la Sobac, nous n'en avons pas trop parlé autour de nous. Le monde paysan a perdu la patience indispensable à ce métier. C'est vrai que nous redevenons des observateurs de notre terre. Les années 70/80, ce sont les années où l'on n'a fait que courir, quelle que soit la profession. Course à l'argent, course aux rendements. Il a fallu aller au bout pour enfin retrouver le temps de réfléchir. Il y a aussi le prix des engrais qui nous a obligés à envisager une alternative. Je pense quand même que le passage au Bactério, ça ne peut pas être qu'une question d'argent. Il faut y croire, croire à cette philosophie nouvelle pour nous. Parce que, lors de la mise en route du procédé Bactériosol®/ Bactériolit®, il n'y avait pas tant de différences que ça avec la coopérative d'un point de vue financier. C'est sur le moyen et long terme qu'on s'y retrouve largement.

Nous avions une priorité, c'était la santé animale. On avait beaucoup de problèmes avec les Charolaises même si nous ne sommes pas dans des régions qui surdosent en engrais chimiques. Maintenant, nous ne faisons peut-être pas plus de foin, pas plus d'herbe, mais nous savons que nous présentons à nos bêtes un fourrage de qualité nettement supérieure, beaucoup plus équilibré, avec une plus grande présence de légumineuses. On avait fini par faire du très mauvais foin. C'était un peu sec : un petit coup d'azote, un petit coup d'engrais, un coup de flotte et l'herbe en huit jours, elle était poussée. Maintenant, avec le procédé Sobac, nous n'avons plus ce problème d'herbe trop riche, qui monte et qui au final se casse la figure. Ça travaille moins vite, mais ça pousse mieux et plus longtemps. Il y a des parcelles où maintenant le foin sent le miel. On retrouve les odeurs de notre enfance et ça c'est un signe encourageant. On n'y pense pas trop à passer en bio. En travaillant comme nous le faisons, nous avons le sentiment d'être “bio“ dans la démarche même si nous ne sommes pas reconnus en tant que tels. C'est vrai que quelquefois ça fait mal au cœur de voir partir du maïs comme le nôtre au même prix qu'un autre, produit de façon intensive. C'est la même chose pour la viande. Nous pensons incarner une agriculture raisonnée et raisonnable. C'est vrai que nous n'envisageons pas de nous remettre à biner. Nous ne voulons pas tomber dans un autre excès. Je pense que nous mériterions une autre reconnaissance que celle que nous avons aujourd'hui. A travers un label ou quelque chose d'autre à inventer. Nous sommes presque “bio“ mais sans les contraintes inhérentes à ce statut.

C'est une satisfaction intérieure considérable de travailler comme nous le faisons. C'est beaucoup plus valorisant. Je le répète : il faut être patient. Vous n'aurez jamais avec Bactério des résultats aussi rapides qu'avec un sac d'azote. Pour démarrer une telle aventure, il faut être prêt dans sa tête, être persuadé du bien-fondé de la démarche. Il faut être au chevet de sa terre, observer. L'épandage du fumier, il ne faut pas espérer faire ça dans la semaine. Tu fais ça d'août à novembre en fonction des parcelles. Il faut comprendre comment tout ça fonctionne. C'est une question de respect de sa terre.

L'autonomie c'est la clé de notre avenir.

La coopérative, on n'y va pas. Le fournisseur d'engrais ? Nous lui avons simplement dit : non, on n'en prend plus, on a changé de système. Dans les années 70, nous avons suivi un temps la Chambre d'Agriculture lors de la construction de bâtiments d'élevage. Nous étions entrés dans un Groupement, mais nous avons eu la grande chance d'en être mis à la porte parce que nous n'étions pas assez fidèles. L'autonomie c'est la clé de notre avenir. A part le concentré azoté à 30%, le reste c'est fini. Si on ne produisait pas notre maïs à 180 euros, ce serait dur s'il fallait l'acheter. Nous avons cette autonomie alimentaire qui est aussi une autonomie intellectuelle. Nous sommes dans le parc naturel de la Brenne. Nous pourrions passer des contrats. Certains en ont pour des aides aux prairies, sur des bâtiments de stockage, sur la fabrication d'aliments à la ferme. Tout passe par le Parc aujourd'hui. Bien sûr qu'on est en avance sur les autres si toutes les mesures annoncées lors du Grenelle de l'Environnement sont effectivement appliquées. Mais de toute façon, vu la hausse du prix des engrais, beaucoup ont déjà coupé la vanne parce qu'ils ne pouvaient plus payer. Ils mettent un peu d'azote et terminé. Mais ce n'est jamais bon de rentrer de force dans une démarche sans l'avoir choisie.

Si nous faisons le bilan, nous valorisons mieux ce que nous faisons, même si la viande c'est catastrophique. J'ai retrouvé des vieux cahiers qui en disent long  : en 80/81 on vendait les vaches 22/23 francs. Aujourd'hui on vend les vaches de réforme 20/21 francs et encore... Alors que les charges depuis trente ans, on n'en parle même pas ! Je le répète, il faut réapprendre la patience et être persuadé que chaque parcelle a sa spécificité. Et ça, c'est à nous de le découvrir en redevenant les observateurs de nos terres ».


ÉLEVEURS BOVINS ALLAITANTS





“ Sur l'ensemble de l'exploitation, nous avons supprimé plus de cinquante tonnes d'engrais complets. ”