







Jean-René Thomas a repris en 1985, l'exploitation que ses parents avaient achetée en 1962. Heureux d'avoir gagné en autonomie, il est redevenu un observateur particulièrement scrupuleux de ses sols.
« On travaille encore maintenant avec une grande entreprise, Soufflet Agriculture, au niveau collecte des céréales et aussi approvisionnement (engrais, phytos, ...). Un jour, je leur ai dit que quand je labourais mes terres, je ne voyais plus de vers de terre comme autrefois. Il n'y a même plus d'oiseaux derrière la charrue comme avant. Ils m'ont répondu que mes terres s'asphyxiaient, que les fumiers que je mettais dessus, c'était comme si je mettais du beurre, que je tuais la terre avec ça. C'était en 2002 je crois. Le technicien a ajouté : j'ai vu un produit chez un client, sur la Meuse, mais nous on ne le commercialise pas. C'est le Bactériolit® et ça m'a l'air d'être un bon produit. Il faut le mettre sur tes fumiers pour les faire évoluer. J'ai pris un temps de réflexion. J'avais un autre copain d'école qui travaillait lui aussi dans les produits phytos chez un autre fournisseur. Je lui en ai parlé. Il m'a dit : c'est nous qui avons la carte pour vendre ce produit là. Il est venu avec le technicien de la Sobac et ça a accroché. Comme je fais entière confiance à Soufflet et que le gars avait l'air sûr de lui alors qu'il ne vendait pas le produit, j'ai tout de suite été persuadé du bien-fondé de ma démarche. Ce qui m'a plu au départ c'est le fait de faire évoluer le fumier. On avait réfléchi avant pour composter les fumiers mécaniquement. Ça ne me plaisait pas vraiment. On est parti à 100% avec le Bactériolit®. On a même eu le tort de ne pas laisser de témoin. Mais bon, quand on y croit, on y croit.
Quand on touche la terre, on sent quelque chose et là je sentais que ce n'était plus qu'un support, qu'il n'y avait plus de vie. C'est difficile à formuler cette sensation d'avoir à faire à un milieu sans vie.On avait en plus un gros problème de battance au printemps sur des terres argilo-limoneuses. On avait essayé d'autres techniques avec des engrais solides à la place des liquides, on avait apporté des écumes de sucreries qui ramènent de la chaux. Ça allait un peu mieux mais ce n'était quand même pas satisfaisant.
Au départ, j'étais juste parti pour le Bactériolit®, mais sur les anciennes prairies naturelles, il n'y avait pas besoin de ramener de matières organiques. Il y avait simplement une couche de racines en décomposition à faire évoluer et là, le Bactériosol® convient très bien. Du jour au lendemain, on a arrêté les fumures de fond, on a diminué l'azote sur les prés. En complet, sur les céréales et sur les prairies, on devait tourner à deux semi-remorques, 50 tonnes par an. En 86, on avait commencé la chaux et la première année, je crois qu'on avait acheté 200 tonnes d'écumes de sucreries. Ce n'était pas cher, le gros problème, c'était de les épandre.
Dans les bâtiments, on a vite vu une amélioration. C'était au moment où on faisait les mises aux normes. Avant, sous les taurillons, c'était toujours du raclage, mais du côté des vaches, c'était du fumier accumulé. On nettoyait la stabulation une fois par an après que les bêtes soient sorties au parc. Avec la mise aux normes, on a fait un nettoyage en hiver et la première année, avant qu'on utilise le Bactériolit®, c'était un peu « galère ». Ça empestait l'ammoniac de façon très intense. Dès qu'on a mis le Bactériolit®, la différence a été flagrante au niveau de l'odeur. En plus, le fumier se tenait beaucoup mieux, il ne diminuait pas de volume et l'on sentait qu'il avait une autre consistance quand il passait dans l'épandeur.
Les premières années où nous avons utilisé le Bactériolit® sur le fumier, on m'avait dit de mettre 2/3 de la dose au premier paillage et le solde huit jours avant de nettoyer. Je n'avais qu'un résultat sur les odeurs. Quelques années plus tard, nous nous sommes mis à mettre une petite dose chaque semaine. Sur les veaux qui viennent de naître nous avons beaucoup moins de problèmes de nombril et de poumon.
On a gagné en légumineuses sur les prairies. Ce ne sont plus des grands foins comme on avait à une période quand ils étaient poussés à l'azote. Ça faisait des bottes qui ressemblaient à de grands balais.
Le Bactério ce n'est pas spectaculaire, c'est pour ça qu'il faut oublier ses repères, ceux qu'on a avec l'azote. Un coup d'azote, huit jours après ça se voit et si ce n'est pas en volume, c'est en couleur. Il faut observer, réapprendre la patience, reprendre le temps de baisser dans les champs et de toucher la terre. On est trop assistés par des techniciens qui sont là pour vous vendre des produits. On se déresponsabilise sur leur dos. Le technicien de chez Soufflet était assez ouvert. Il m'a dit : « Essaie, on va attendre et on verra ». Quand on en reparle, il me dit que mon système marche puisque mes rendements ne décrochent pas.
Avec sept-huit années de recul, je mettrais d'abord en avant la diminution impressionnante au niveau des intrants chimiques. Plus aucun d'engrais de fond, beaucoup moins d'ammonitrate et d'azote. Et puis bien sûr au final une production de meilleure qualité avec des rendements aussi élevés.Le colza est une plante qui réagit très bien au Bactério tout comme le maïs d'ailleurs. La semaine dernière, j'étais dans mes champs avec la charrue et les vers de terre sont revenus, c'est une évidence. On a aussi moins de croûtes de battance et une meilleure levée à l'automne parce qu'avant, après une pluie un peu forte, ça ne passait plus au travers. Les cultures sont plus régulières. On n'a plus les lessivages qu'on pouvait avoir auparavant.
On vient de commencer les méteils et les prairies dix plantes, ça me tente bien. Les terres se travaillent mieux dans le sens qu'après le labour, on passe un coup de rotative et on sème. En période de sécheresse, les plantes se tiennent bien. Et concernant l'excès d'humidité, les terres se drainent beaucoup mieux. Ici, quand on a commencé le Bactériosol®, on a un peu été mis à l'écart parce que nous étions les seuls sur le secteur. Maintenant, on a fait école et c'est important de ne pas être seul. Ça permet de mieux évacuer d'éventuels moments de doute notamment au début quand on se dit : est ce que je suis réellement dans le vrai ? Le problème c'est de tenir le cap dans sa tête. Il faut prendre le temps de regarder, d'observer. Si on ne prend pas ce temps-là, on aura tendance à vite arrêter.
Le fait qu'il y ait eu des réunions où j'ai pu discuter avec d'autres utilisateurs, c'était important. On s'échange des tuyaux, des expériences. Ça aide. Ça nous fait évoluer beaucoup plus vite. Aujourd'hui, je suis persuadé d'avoir fait le bon choix, mais il ne faut jamais arrêter de pédaler, sinon on n'avance plus.
Les gens qui vont démarrer maintenant avec la SOBAC, ils vont pouvoir s'appuyer sur ce qu'on a fait car on était quand même un peu des pionniers, surtout dans la région. C'est vrai qu'en ayant changé ma façon de travailler, je me sens plus lié à la terre. On a bonne conscience et c'est important. On n'est que de passage et c'est bien de se dire que ce qu'on va léguer aux autres sera sain. Mon gamin de 16 ans est très porté sur la nature et même s'il ne me le dit pas, je sais qu'il est content de me voir travailler comme ça. Il a deux ou trois ruches et il ne vaut mieux pas lui parler de chimique...
Avant de se mettre dans cette démarche Sobac, il faut se poser quelques questions, revenir en arrière : qu'est ce qu'on a fait pour la terre jusqu'à maintenant à part la gaver de produits chimiques? Il y a tout ce qu'il faut dans la terre. Il faut simplement apprendre à en utiliser toutes les composantes ».